
Pour le regard ancien d’une baleine.
28 janvier 2026Après une halte dans la ville de Varaždin (Croatie), je longe le lac qui porte son nom avant de rejoindre celui de Dubrava. Sur ses rives s’étend une magnifique aire de pique-nique, ponctuée d’abris destinés aux pêcheurs et aux familles venues passer la journée en plein air. La pluie étant annoncée pour la fin d’après-midi, je me laisse tenter par les lieux et installe ma tente à proximité de l’un de ces refuges, inconscient encore de l’épreuve à venir.
Sur la rive opposée, le ciel se ferme soudain, comme si une ombre massive glissait sur le paysage. Tandis que je saisis quelques images, un vent brutal s’élève et balaie les ustensiles de cuisine à peine posés sur la table. Ce n’est pas une simple rafale : je le comprends immédiatement. Je ramasse mes affaires à la hâte et me réfugie dans les sanitaires voisins, dernier abri face à la colère imminente du ciel.
La tempête enfle, inexorable. Le tonnerre roule, le vent hurle, et la nature tout entière semble gémir sous une obscurité soudaine, lacérée par des éclairs aveuglants. La tourmente fait rage, le fracas est assourdissant. Même retranché derrière ces murs, je ne me sens pas en sécurité. J’entrouvre la porte un instant : ma tente apparaît, fouettée par les trombes d’eau qui s’abattent désormais sans relâche. Elle se plie, se tord, vacille… mais tient encore. À quelques mètres, des arbres s’effondrent, arrachés à la terre dans un craquement sinistre. Il est trop tôt pour sortir.
Puis, peu à peu, le tumulte se lasse. Quand une accalmie fragile s’installe, je sors enfin. Le paysage est méconnaissable : des arbres jonchent le sol comme des géants abattus. Ma tente, miraculeusement, a survécu à cette nuit de fureur. Bientôt, des habitants du village voisin arrivent, silencieux, pour constater l’ampleur du désastre. Une machine se met au travail, déblayant les chemins obstrués de troncs et de branches. Certains abris, écrasés sous le poids d’arbres déracinés, ne sont plus que ruines.
Au cours de la nuit suivante, je serai encore réveillé à deux reprises par la chute d’arbres fragilisés.








