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17 février 2026Pendant de longues années, la ville de Tombouctou attira nombre d’aventuriers, aux destins inégalement heureux. Gordon Laing fut ainsi le premier d’une longue lignée à pénétrer dans la cité en 1826. Pris pour un espion, il y fut malheureusement assassiné.
Deux ans plus tard, en 1828, un Français, René Caillé, parvint à son tour jusqu’à la ville interdite. Déguisé en Arabe, il accomplit une grande partie du voyage à pied, de la Guinée au Mali, avant d’achever son périple en barque, au terme d’un parcours des plus éprouvants. Une dizaine d’années plus tard, il succomba aux maladies contractées durant cette expédition.
Aujourd’hui, Tombouctou a perdu une grande part de son aura mythique. Peu à peu, la ville semble gagnée par les sables, comme si le désert cherchait à ensevelir avec elle les mystères de son passé.
Les pistes sablonneuses autour de Tombouctou étant impraticables à vélo, je choisis de poursuivre mon voyage en pinasse (une grande barque), sur le Niger, afin de rejoindre la ville de Gao.
Au port, des hommes trop empressés pour être honnêtes m’encerclent rapidement. La négociation s’avère délicate : les propriétaires parlent à peine français, je suis entouré d’interprètes improvisés traduisant des propos auxquels je peine à faire confiance, je dois garder un œil constant sur mon vélo, le tout sous une chaleur écrasante de plus de quarante degrés à l’ombre.
Un jeune homme finit par me présenter à son père, propriétaire d’une pinasse en partance pour Gao. La discussion du prix s’engage, moment particulièrement sensible car la somme demandée s’avère exorbitante. Après de longues tractations, un accord est finalement trouvé, ainsi qu’une heure de départ.
Une fois à bord, je me réjouis de partager le voyage avec cette famille, qui paraît sympathique, bien que le vieil homme inspire d’emblée une certaine dureté. Mes repas se composent exclusivement de riz, ce qui ne me gêne nullement : j’apprécie le riz malien. Pour faciliter mon intégration, j’offre un paquet de thé et une poche de sucre, geste qui semble apprécié. Nous voilà donc en route vers Gao.
Le deuxième soir, le voyage prend un tournant inattendu. Le vieil homme révèle alors comprendre bien mieux le français que je ne l’imaginais, du moins ce qui l’arrange. Il m’explique qu’il ne m’emmènera pas à Gao et qu’il n’en a, selon lui, jamais été question. Il évoque un village situé à mi-chemin, dont je n’ai jamais prononcé ni même entendu le nom. Lorsque je lui rappelle avoir payé pour l’intégralité du trajet, il s’indigne : cette somme, affirme-t-il, ne correspondrait qu’à la moitié du parcours.
Je comprends alors que je suis tombé dans un piège. Le village est isolé, perdu au milieu de nulle part, et d’une manière ou d’une autre, je devrai à nouveau payer pour me sortir de ce guet-apens. Le ton monte, mais chacun campe sur ses positions.
Dans un village où la pinasse s’arrête pour livrer des sacs de riz, une altercation éclate soudain entre le destinataire, qui prétend avoir déjà réglé le transport, et le « Pinassier », qui réclame de l’argent. Dès lors, toute sympathie que j’éprouvais pour le vieil homme disparaît : il me donne désormais l’image d’un véritable escroc.
Le point de non-retour est atteint lorsque je refuse le thé. Je ne veux plus faire semblant, ni partager quoi que ce soit avec cet homme comme si de rien n’était. Je décline même la nourriture qu’il m’apporte, me contentant d’avaler discrètement quelques dattes dissimulées dans mes poches.
Ainsi, le lendemain, je débarque à Gourma Rharous, au Mali, sans savoir ni comment ni quand je pourrai atteindre Gao. La chance me sourit le lendemain, en milieu d’après-midi : un véhicule me mène jusqu’au village de Gossi, où je peux enfin renouer avec le pédalage.
Profondément déçu par cette mésaventure, je rumine ma colère. Heureusement, Ibrahim le chauffeur, ainsi qu’Aliou, Ousmane et Mahamar, passagers comme moi, possèdent un sens de l’humour que j’apprécie énormément et qui, à cet instant du voyage, me fait le plus grand bien.
Dès lors, je peux enfin reprendre la route sur une piste praticable en direction de Gao.




















