Respirer à nouveau.
9 avril 2026
Haïti : chronique d’un naufrage humain (octobre 1999).
21 avril 2026
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Je nourrissais le projet de m’éclipser une douzaine de jours, de remonter lentement vers la source de l’Arrats, cette rivière de mon enfance où, lors d’étés suspendus chez mes grands-parents à Saint-Antoine, dans le Gers, j’avais appris à pêcher. De là, je voulais gagner la naissance de la Baïse, puis en suivre le cours jusqu’à son abandon paisible dans la Garonne. Je partais avec le désir de recueillir, au fil de l’eau, quelques histoires éparses. Mais plus secrètement, c’était de solitude et de mouvement que j’avais soif.

Les premiers jours, le soleil m’accompagna, enveloppant mes bivouacs d’une douceur presque inespérée. Pourtant, sous cette lumière généreuse, les villages traversés demeuraient d’un silence étrange. Beaucoup ne sont plus que des haltes nocturnes : des villages-dortoirs, désertés de leur souffle dès le jour levé. Les habitants travaillent ailleurs, et les commerces d’autrefois ont disparu. Trouver, en début d’après-midi, un café ouvert où s’asseoir, boire un verre tout en couchant quelques lignes sur son carnet de route, relève désormais de la gageure.

Parfois, au détour d’un chemin, surgit un moulin, et l’émerveillement demeure intact, ravivant en moi le désir d’y revenir un jour jeter mes lignes. Mais bientôt, je me surprends à avaler les kilomètres sans m’attarder, comme si l’effort lui-même était devenu nécessaire, vital. Sur la route, mes pensées se dénouent, s’égarent, puis reviennent, apaisées.

La nuit, que je la passe dans mon hamac ou sous la toile légère de ma tente, m’offre un sommeil profond, sans heurt.

Puis la pluie survient. Les températures chutent brusquement, et les villages, déjà discrets, se chargent d’une tristesse plus dense encore, presque irréelle. Sous la capuche de mon Gore-Tex, je pédale sans vraiment voir, sans vraiment sentir le lieu qui m’entoure, mû par la seule envie de me réchauffer.

C’est ainsi que j’atteins, bien plus tôt que prévu, Saint-Léger, dans le Lot-et-Garonne, là où la Baïse rejoint la Garonne. Je plante ma tente, à la confluence des eaux. Je me couche tôt et dès le lendemain, je prends le chemin du retour, avec en tête la nécessité de clarifier ce qui m’attend.

L’aventure, telle que je l’avais imaginée, n’était pas au rendez-vous. Il m’est apparu aussi que je ne pouvais aborder ces échappées comme on part vers un ailleurs lointain et inconnu.

Mais ce détour n’a rien d’inutile. Il m’apprend déjà à accorder mes prochaines escapades à ce qui me ressemble véritablement. Des idées germent, lentement.

Pour l’heure, je vais me consacrer à achever le montage de ma prochaine projection.