En passant par Combita.
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Il y a quelques mois, du temps où le coronavirus n’avait pas encore vogué vers l’Amérique du Sud, je croisais sur les routes des réfugiés vénézuéliens qui fuyaient leur pays, certains de trouver une vie meilleure hors de leurs frontières. Certains désiraient s’établir en Colombie, d’autres plus au sud, en Equateur, au Pérou, au Chili ou encore en Argentine. Ces migrants souffraient, mais ils étaient portés par l’espérance d’une vie meilleure qui les stimulait, car rien n’est pire qu’une vie sans espoir.

Aujourd’hui, après des mois de confinement, la situation est toute autre. Dorénavant, le flux de migrants est inversé. A chacune de mes sorties matinales, je croise des dizaines de vénézuéliens, poussant des chariots emplis de leurs possessions et plombés par le désespoir qui désormais les habite.

Entretemps le coronavirus s’est invité dans un monde où les plus pauvres sont les plus fragiles. Vu la précarité de leur situation, on les a jetés dans la rue. Du jour au lendemain ils ont perdu leur travail et par conséquence leur logement. Sans domicile, avec leurs enfants, ces gens n’ont d’autre solution que de retourner au Venezuela, auprès du reste de leur famille où ils disposeront au moins d’un toit. Pour cela ils doivent cheminer des centaines, voire pour certains, des milliers de kilomètres.

Ce matin, la famille avec laquelle je me suis attardé ne venait que de Bogota (170 km), mais il y a quelques jours j’ai passé un moment avec plusieurs familles qui arrivaient du Pérou (3000 km). Les passages de frontières se font par des sentiers illégaux (las trochas) où il faut bien sûr payer. De toute part la pauvreté et la misère sont source d’exploitation de la part de gens sans scrupules.

Plus les familles que je croise viennent de loin, plus leur aspect témoigne des nuits passées au-dehors, exposés aux morsures du froid ou aux brûlures du soleil. Dans ces régions montagneuses, chaque ascension est une véritable épreuve de force. Quelle vie pour ces enfants dont la seule école est celle de la souffrance et des privations !

Pas sûr que le monde d’après soit plus juste et plus solidaire. D’un côté la préoccupation est l’arrivée prochaine de la 5G et de l’autre juste de manger. Tel était le monde d’avant, tel semble se dessiner celui d’après… Aurons-nous le courage de renoncer à beaucoup de superficialité afin de tenter de rééquilibrer un peu notre humanité ? Il faudrait pour cela, que les prochaines générations ne soient pas aussi égoïstes et aveugles que la mienne.