
Détour par la Mer Noire.
10 juillet 2024
D’éblouissantes formations rocheuses.
25 juillet 2024Chaque jour se lève accompagné de quelques degrés supplémentaires. Conjointement, le parcours m’offre quelques petites ascensions éprouvantes. A ce rythme je vais m’ennoyer dans ma propre transpiration.
Les paysages évoluent, devenant plus arides. Le minéral tente d’imposer peu à peu sa présence. J’ai parfois le privilège de pédaler au cœur même d’une aquarelle. La venue d’un orage, modifiant totalement la luminosité, fait ressortir les couleurs environnantes.
Dans de petites vallées, sur le bord de la route, des maraichers vendent une partie de leur production. L’un d’entre eux m’interpelle pour m’offrir, tomates, concombres, piments…La poche est pleine et je dois insister pour qu’il ne m’en donne que la moitié, car avec la chaleur, je ne vais pas pouvoir les conserver. En soirée, j’en fais une soupe et une salade sur le bord d’un lac où j’accroche mon hamac. Je suis entouré par des familles turques ayant passé la journée dans ce cadre bucolique. Alors que les adultes discutent et boivent des thés, les enfants, jouent et courent derrière un ballon. Il y a de la vie ; une vie pleine de bonne et joyeuse énergie. Les enfants rient en s’amusant, spectacle qui se raréfie de nos jours.
Puis apparaissent des troupeaux de moutons. Quelques gardiens me saluent. Je m’attarde avec trois d’entre eux venus abreuver leurs bêtes sous les regards exténués de leurs chiens qui cherchent désespérément plus l’ombre que les moutons.
Les kilomètres défilent, hachés par des pauses plus ou moins longues qui me sont à la fois bénéfiques et nécessaires. Je trouve quelques sources auxquelles je me rafraichis et remplis mes réserves.
En fin d’après-midi, une famille lave sa voiture à une fontaine. Trouvant l’endroit très agréable, je m’y installe un peu en retrait, à l’ombre de quelques arbres, décidé à passer la nuit dans ce lieu.
Après avoir avalé une soupe, je vais dans la fontaine me rafraichir. Les longs abreuvoirs font de magnifiques baignoires. Je file ensuite sous ma tente pour lire un peu, moment toujours délicieusement apaisant. Quelques minutes se sont à peine écoulées lorsque j’entends le moteur d’un véhicule puis une voix masculine qui répète : « Hello, Hello » ! Je sors de la tente et reconnais l’homme qui, à mon arrivée, lavait sa voiture. Cette fois il est accompagné d’un plus âgé qui, vu la ressemblance, doit être son père. Ils me tendent des poches contenant prunes, abricots, « Pide », sorte de Pizza turque, et une grande bouteille de boisson gazeuse. Tout cela me servira donc pour demain. Ils s’en retournent chez eux alors que je replonge dans ma lecture.
Un nouveau véhicule arrive. Aussitôt se font entendre des voix criardes de quelques jeunes. La nuit étant tombée, j’espère qu’ils ne voient pas ma tente. Je distingue le son des canettes qui s’ouvrent. La musique s’amplifie simultanément à la consommation de bières. Le débit de leurs paroles s’accélère.
A un moment retentissent trois coups de feu, suivis de grands cris et rires. Que dois-je faire ? Manifester ma présence afin de ne pas prendre une balle perdue ? J’opte plutôt pour la discrétion, en espérant qu’ils ne soient pas assez inconscients pour tirer en direction des arbres sous lesquels je me trouve. La « fête » improvisée va durer près de 3 heures. A intervalles réguliers se font entendre quelques tirs qui à chaque reprise provoquent l’accélération de mon rythme cardiaque. Lorsqu’ils quittent enfin les lieux, je peux finalement plonger dans un sommeil bien nécessaire.
Au petit matin je déplore que la petite bande ait laissé tous les déchets surplace. Il y a même des canettes dans les abreuvoirs. Des poches de chips vides jonchent le sol. Les Turcs, d’une extrême gentillesse et d’une grande générosité, n’ont en revanche aucune conscience écologique. Ils jettent tout sur le bord des routes, sur des aires de pique-niques, dans les rivières ou les bois. Les détritus sont ensuite éparpillés par les bourrasques.
Les moissons sont en cours. Autour des fermes, le grain est stocké sur de grandes bâches à même le sol. Des camions vont-et-viennent incessamment entre ces fermes et des coopératives. De grands paillers ont été montés.
J’arrive enfin au niveau du « Tuz Gölü » (lac salé). Comme à Uyuni en Bolivie, à Bonneville aux Etats-Unis ou encore aux Salinas Grandes en Argentine, je roule un peu au cœur de cette immensité salée sur laquelle je prends quelques photos. Je bois quelques thés à proximité, ne voulant pas partir trop vite.
Il fait chaud et ce n’est qu’un début car la suite de mon parcours devrait m’offrir des températures pas vraiment adaptées à la pratique du vélo.


































