
Sous les ponts d’Arabie…
21 mars 2025
Épilogue Saoudien.
4 avril 2025La route est quelque peu monotone. Elle est balayée par un vent du nord qui me défie sans relâche. Je trouve un petit bâtiment abandonné derrière lequel je m’installe quelques instants afin de me sustenter discrètement.
En reprenant ma progression, je commence à distinguer quelques formations rocheuses disséminées de part et d’autre de la route. Elles viennent, pour mon plus grand bonheur rompre l’uniformité de ces derniers jours. Elles sont, dans un premier temps, un peu trop éloignées et s’avèrent donc inaccessibles en raison du sable. Puis leur nombre croît et certaines deviennent plus facilement approchables. La zone devient totalement adaptée à mon bivouac. Je choisis une magnifique paroi qui me protège du vent. Celle-ci, est criblée d’une multitude de petits trous. Quelques fientes en trahissent l’origine. Quelques oiseaux viennent en effet s’y installer afin d’être, eux aussi, protégés des bourrasques. L’endroit est apaisant et j’y bénéficie d’une vue grandiose sur le coucher du soleil.
Le lendemain, je ne cesse de m’ébahir devant ces roches qui me ramènent en pensées vers des lieux que j’ai particulièrement aimés, tels que l’Utah aux Usa ou encore le Nord-Ouest de l’Argentine. J’effectue de nombreux « micro-arrêts », le temps d’une photo. Le conducteur d’un Pick-up me propose de m’amener à la prochaine ville. Devant mon refus, celui-ci me donne une bouteille d’eau et repart sans visiblement saisir le bonheur que je ressens à rouler dans un tel environnement.
L’axe de mon pédalier parait se détériorer à chacun de mes coups de pédales. La roue arrière, montée en urgence en Turquie, affiche elle aussi quelques signes de fatigue. Je casse trois rayons.
J’ai néanmoins l’espoir de réparer cela dans la prochaine ville où se trouve une boutique de cycles dont j’ai pris connaissance sur internet.
Les dernières heures me menant à Al Ula, sont fantastiques. Les nombreux rochers paraissent dresser une haie d’honneur au visiteur. Je savoure pleinement l’instant, m’estimant, comme c’est souvent le cas, privilégié de pouvoir vivre et ressentir de telles émotions. Ce soir, je pars m’installer dans un petit bâtiment abandonné situé à proximité de la boutique de cycles.
Le jour suivant, je suis accueilli par Raymond d’origine Philippine. Café, toasts et œufs au plats me sont offerts, le temps de faire connaissance. Puis Raymond s’attaque à la réparation de mon « destrier ». Il récupère un axe de pédalier quasiment neuf sur un vélo qu’il réserve à la location. Il l’installe ensuite sur le mien. Puis Il me change les rayons cassés et me dévoile la roue arrière. J’en profite pour changer les patins de freins et me voilà soulagé d’avoir enfin résolu ce problème. Au moment de partir, Raymond me propose généreusement de partager son repas. Je retourne ensuite à ma toile de tente toujours en place dans le bâtiment voisin.
Le lendemain matin, je me rends sur le site historique d’Hegra. Il est malheureusement impossible d’y circuler seul à vélo. Je dois emprunter un bus avec d’autres personnes pour une visite guidée qui va s’avérer à la fois frustrante mais également splendide.
Le côté frustrant vient du fait que nous effectuons seulement quatre arrêts alors que tout au long du parcours je distingue au loin une multitude de « trésors » où j’aimerais m’attarder. Puis je dois jongler avec les autres visiteurs pour parvenir à photographier quelques merveilles sans la présence de touristes.
Je parviens néanmoins à m’émerveiller devant la splendeur de ce site chargé d’histoire. L’endroit est situé sur une des pistes caravanières qui traversaient la région. Les Nabatéens, peuple d’origine nomade, commerçaient entre l’Euphrate et la mer Rouge. Leur capitale était située à Pétra, dans l’actuelle Jordanie. Hégra, surnommée la seconde « Pétra », est riche de nombreux tombeaux aux façades monumentales sculptées dans la roche.
La visite dure environ trois heures mais j’aurais aimé y passer la journée. Je file ensuite en quête d’un logement où séjourner le temps de visiter d’autres splendeurs du voisinage et en profiter pour une grande lessive devenue à présent plus qu’indispensable.
Un soir, je suis invité dans un restaurant français par Raluca et Cristian, un charmant couple d’architectes Roumains qui travaillent dans le pays.
Les projets les plus fous et les plus coûteux fleurissent mais arriveront-ils tous à terme ?
Durant plusieurs heures je me balade à l’ombre des palmiers dattiers entre les ruines des anciennes habitations de l’Oasis, puis je traverse la route afin d’admirer les vestiges de la vieille ville d’Al Ula avec son labyrinthe de rues qui regorgeait de vie.
Nul doute que cet ancien carrefour des caravanes, riche de toute son histoire, constitue l’un des moments forts de ma traversée de l’Arabie Saoudite.








































