Je goûte la bière traditionnelle.
16 juillet 2025
Vers les promesses du sud.
28 juillet 2025
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Vers les promesses du sud.
28 juillet 2025

(Moins de photos en raison de la saison des pluies et de la forte présence de militaires et de rebelles).

A partir du lac Tana, je reprends la direction du sud. De Wereta à Bahir Dar, la route est paisible. Des minibus me dépassent, un coup de klaxon en guise de salut. Dans les champs, des gamins qui m’aperçoivent, se lancent dans une course effrénée en hurlant, pour atteindre la route à mon passage. Plus nombreux sont ceux qui me lancent des : « money, money » !

A l’entrée de Bahir Dar, je franchis le Nil Bleu qui aujourd’hui est boueux en raison des fortes pluies qui se succèdent.

La ville est agréable et contraste avec les précédentes du fait de ses infrastructures. S’il y a une volonté visible de plaire aux touristes, ceux-ci ne sont pas au rendez-vous.

Je marche un peu sur les rives du lac sans toutefois effectuer un tour sur les îles.

Je savoure l’ambiance qui règne dans la cité.

En quittant Bahir Dar, j’aperçois de nombreux paysans venus vendre leurs produits sur le bord de la route, sorte de grand marché improvisé. Beaucoup de chèvres attendent preneurs. Le temps se couvre et reste menaçant toute la matinée. A la mi-journée des averses fournies se succèdent.

Je repars le lendemain sous une pluie battante qui n’empêche nullement les paysans des environs d’effectuer des dizaines de kilomètres à la marche pour aller vendre leur maigre production à la prochaine bourgade. La pauvreté de nombre d’entre eux se devine à leurs tenues usées et rapiécées. Beaucoup vont pieds-nus.

Le parcours est nettement plus accidenté. A l’entrée d’un village des militaires contrôlent quelques-uns de mes bagages. Le bourg est truffé de soldats armés. A la sortie de la commune, j’ai droit à une nouvelle inspection des sacoches. Je râle car il pleut et je me refroidis sérieusement.

A peine ai-je effectué quatre ou cinq kilomètres que me voici confronté dans le village suivant à de nouveaux soldats. Mais cette fois, il s’agit de la milice FANO. Je suis immédiatement entouré d’une trentaine de guerriers. L’un d’entre eux me fait venir sous un abri et tente, dans un anglais très approximatif, de connaitre les raisons de ma venue ici. Il me dit qu’ils se méfient de moi car je peux être un espion du gouvernement, ce à quoi je lui rétorque qu’on doit pouvoir faire mieux au niveau discrétion qu’un espion blanc et de surcroît à vélo. Les minutes s’écoulent et on me demande toujours de patienter. Je fais mine de vouloir partir mais je comprends rapidement qu’il vaut mieux obéir. Soudain le chef arrive. Celui-ci, relativement jeune, maitrise parfaitement l’anglais. Il me questionne sur les raisons de ma présence dans la zone. Puis la discussion vient sur nos visions respectives du monde. Il m’explique les motifs de leur combat, accusant le gouvernement de tuer les membres de son Ethnie. Il parle même de génocide. Il reproche au gouvernement de ne pas investir dans l’éducation des enfants de cette région Amhara. Les infrastructures sont inexistantes précise-t-il. Il m’offre un café plus que bienvenu car je n’ai rien avalé de la journée.  Quelques heures s’écoulent avant que finalement on me laisse repartir. Le chef s’est avéré sympathique et intéressant. Il me dit qu’une fois au Pouvoir beaucoup de choses changeront. En partant je lui glisse que s’il arrive au Pouvoir comme il le souhaite, j’espère qu’il n’oubliera surtout pas son Peuple en se laissant corrompre comme beaucoup de dirigeants. Il sourit et me donne une accolade avant que je n’enfourche enfin mon vélo pour gravir les quelques kilomètres d’ascension jusqu’à la petite ville voisine où ce soir je dégote une chambre bon marché au tarif de 3 euros.

Je me réalise que je vais encore pour quelques jours rouler en territoire conflictuel.

Partout où je passe, les hommes en armes sont présents. Un convoi de camions chargés de militaires me dépasse. Il y a plus de 500 soldats. On m’informe que des échanges de tirs ont eu lieu la nuit passée à quelques kilomètres de là.

Sur le bord des routes la vie continue. Des femmes font cuire des grains de maïs pour l’élaboration de la bière traditionnelle Tella dont les Ethiopiens raffolent. Un jour, désireux d’y goûter, je croise Hailé, qui va m’aider dans ma quête. On déambule dans quelques rues boueuses du village en demandant à quelques personnes où en trouver.

Nous arrivons finalement devant une maison sans aucun signe distinctif, où une femme va nous servir deux verres de cette bière. Haile m’explique alors que les particuliers font toujours de la Tella. Puis à tour de rôle, ils en vendent à la population. Cela leur fait une petite rentrée d’argent pas négligeable vu leur pauvreté. Ce soir, la dame qui nous sert termine son stock. Demain une maison voisine ouvrira à son tour ses portes aux clients. On ne sait jamais à l’avance où on va trouver la Tella, mais l’information circule très vite.

La pluie fait dorénavant partie de mon quotidien. De ce fait, mon matériel photo est bien caché et protégé dans mes sacoches. Les ruelles boueuses des villages que je traverse accentuent l’image de grande pauvreté que je constate constamment.

Il n’est pas rare de voir les gens se faire « rançonner » par la police, les militaires ou la milice. Des chauffeurs de minibus glissent un billet pour être tranquille.

A tout cela, se rajoutent des religieux munis d’un parapluie coloré qui sollicitent les passant pour le financement de leur église orthodoxe. La population, bien que très pauvre, contribue malgré tout au maintien ou à la construction d’un nouveau lieu de culte.

Puis il y a les mendiants, nombreux, qui errent tels des zombis, en quête d’un billet ou de quelque chose à manger.

Cette région Amhara est extrêmement pauvre. Par temps ensoleillé, traverser les villages peut donner une fausse impression de vie paisible, agréable et joyeuse. Mais derrière les sourires se cachent toutes les difficultés du quotidien.

Combien d’entre nous accepteraient d’échanger nos places sur le long terme ? Pas un échange pour une ou deux semaines d’exotisme toléré sachant qu’à terme nous allons retrouver notre confort. Non, plutôt l’acceptation d’une vie faite de rudesse, de privations, de frustrations, d’insécurité. Personnellement je ne le pourrais pas.

Je suis chaque jour impressionné par la force qui habite tout ces gens bravant les épreuves qui se manifestent sans cesse.

La jeunesse désœuvrée semble empêtrée dans un cruel manque d’espoir. Face à cela, et comme je les comprends, nombreux sont ceux qui tentent de fuir.

En route, je croise un convoi exceptionnel transportant sous surveillance de plusieurs centaines de militaires lourdement armés, un ferry qui opérera sur le lac Tana. Un homme m’informe que le convoi vient de Djibouti. A l’arrière, plusieurs kilomètres de camions sont quasiment bloqués par cet acheminement.

La pluie et le brouillard me camouflent les paysages.

Sur certaines portions je ressens l’extrême tension qui règne. J’ai hâte de ne plus être confronté à autant d’armes. Mon esprit pacifiste est mis à rude épreuve.

Quel gâchis humain !

L’approche de la capitale est synonyme d’accalmie. Moins de soldats et plus d’animation dans les villages. La circulation se densifie. Les constructions en dur sont en plus grand nombre.

La descente vers Addis Abeba nécessite une concentration sans faille en raison de la déformation du bitume. Je frôle la chute à plusieurs reprises en raison d’instants de rêveries.

De retour dans la capitale je retrouve la chambre que j’avais occupé il y a quelques semaines. J’apprécie une bonne douche chaude et ainsi que la lessive de la totalité de mes vêtements qui ne parvenaient plus à sécher. L’odeur d’humidité ne me quittait plus.

La tension de ces derniers jours se volatilise enfin. Je n’attends plus à présent que l’accord pour ma demande de visa kényan avant de reprendre la route vers le sud du pays.