
La prodigieuse hospitalité irakienne.
16 février 2025
Changement de décor.
3 mars 2025Ma dernière nuit sur le sol koweïtien se déroule dans un cadre plutôt déroutant.
Je plante ma tente entre les constructions de la ville nouvelle d’Al Khiran. Celle qui fut inaugurée vers la mi-2016 n’est pas totalement terminée puisque les aménagements devraient encore se poursuivre pendant quelques années. Plusieurs milliards de dollars ont été investis dans ce projet pharaonique qui consiste à creuser de grands canaux dans le désert pour y faire entrer la mer. Il en résulte près de 200 kilomètres de rivages artificiels autour desquels ont été construites les habitations.
Avant de filer en quête d’un lieu de bivouac discret, je bois un petit café où le serveur indien travaille avec une serveuse kényane. Je dissimule ensuite ma tente à l’arrière d’une embarcation toute proche pour y passer une nuit des plus paisible.
Le lendemain matin, le vent glacial m’oblige à renfiler ma veste goretex pour me diriger vers la frontière Saoudienne. Environ 105 dollars pour le visa et une autre poignée pour une nouvelle carte sim…
Quelques minutes plutôt « chères » à mon goût.
Soudain, un Saoudien s’approche et m’invite dans le restaurant voisin. Il est attendu ailleurs et ne peut partager le repas avec moi, mais insiste néanmoins pour me l’offrir.
Je me dirige ensuite vers la corniche d’Al Khafji, où je vais installer ma tente sous un des nombreux abris orientés face à la mer.
La fraicheur matinale est surprenante. Le vent glacial désagréable me sera néanmoins favorable pour les deux jours qui suivent. Mais avant de m’élancer vers le désert, je fais un petit tour en ville où je discute longuement avec des Yéménites qui travaillent dans un garage mécanique et qui m’offrent la réparation d’une chambre à air ainsi que plusieurs cafés. Je passe ensuite dans le logement voisin, chez le propriétaire Saoudien du lieu qui m’offre également quelques cafés tout en restant assis dans son confortable fauteuil, se faisant servir au doigt et à l’œil par son employé de maison Bangladais.
Après avoir effectué quelques provisions pour les jours à venir, je prends, sans transition la route du désert. Après quelques kilomètres, je me trouve au cœur d’un marché aux dromadaires. Une multitude d’enclos, situés au bord de la route, enferment quelques bêtes dont les jours sont probablement comptés. Je m’attarde auprès d’un vendeur de café et thé, Syrien, ayant fui son pays depuis plusieurs années en raison de l’insécurité qui y régnait. Il espère y retourner un jour, mais préfère attendre encore un peu pour cela.
Quelques kilomètres supplémentaires m’offrent un bivouac, caché au milieu de quelques monticules de sables.
La journée suivante m’exhibe une succession de troupeaux de dromadaires. La grande majorité d’entre eux sont gardés pas des Soudanais ayant fui la guerre civile qui touche leur pays.
Je m’attarde également avec un jeune chamelier Nigérian. Il a quitté son pays depuis plus de deux ans afin de gagner un peu d’argent pour lui permettre de mieux vivre avec sa femme qui est restée au pays. Il a d’abord travaillé au Koweït où il était totalement exploité et pas toujours payé. Depuis qu’il est en Arabie Saoudite son salaire se monte à 300 dollars mensuels. Mais depuis plus de trois mois, il n’en voit plus la couleur. Son patron, riche propriétaire, ne lui verse plus rien et le voilà coincé dans ce pays où il espérait juste faire des économies pour une vie future plus agréable…le rêve semble se transformer en cauchemar.
A un croisement de routes, je paresse à une gargote tenue par un Yéménite et un Bangladais. Lorsque je leur parle de ma traversée passée de leur pays, leurs visages s’illuminent et ils m’offrent les deux cafés que je viens de boire. Un véhicule s’arrête brusquement. Le chauffeur Saoudien descend et me fait une petite interview vidéo qu’il montrera à son frère, passionné de cyclotourisme. Au moment de partir, il me tend un billet de 100 dollars en me souhaitant bonne route.
Je m’installe ce soir dans les locaux en partie ensablés, d’une ancienne station-service. J’apprécie beaucoup d’être ainsi protégé du vent chargé de poussière qui sévit en ce moment.
Puis le Ramadan débute. Les jours qui suivent, contrairement aux précédents, plus aucun véhicule ne s’arrête pour me proposer de l’eau. S’agit-il d’une simple coïncidence ? Il est encore trop tôt pour en tirer une quelconque conclusion. Je vais toutefois tenir compte de ce changement de comportement afin d’emporter quelques litres supplémentaires pour les jours à venir.
Je passe la nuit suivante à l’arrière d’une station-service en activité où je suis invité par le personnel pakistanais à partager leur repas au moment de la rupture du jeûne.
Depuis le début de mon parcours saoudien, je ne croise essentiellement que des travailleurs venus du Bangladesh, d’Inde, du Pakistan, du Yémen, et du Soudan. Tous ont fui des conditions de vie difficiles avec l’espoir d’améliorer celles de leur famille. Malheureusement, la grande majorité d’entre eux déchantent. Nombreux sont ceux qui se retrouvent exploités. Un Bangladais me dit ne pas avoir revu sa femme et ses deux filles depuis 9 ans. Il espère pouvoir rentrer chez lui d’ici deux ans.
Lorsque je fais la remarque de ne quasiment pas voir de Saoudiens travailler, ils me répondent en souriant, qu’ils se reposent et font travailler les autres pour eux.
Je ne suis qu’au prémices de ce parcours en Arabie Saoudite et les prochaines semaines m’en diront plus, bien que la période de Ramadan ne soit pas la plus appropriée à la traversée de ce pays.
J’ai le sentiment d’effectuer un bond en arrière de plusieurs années, lorsque je roulais au Pakistan, également en plein Ramadan.




























