
Nadjaf
11 février 2025
Ramadan en Arabie Saoudite
3 mars 2025Ma déambulation à Bagdad terminée, je me décide enfin à reprendre ma progression vers l’Est du pays. Pour m’extraire de la circulation chaotique de cette capitale, je demande à quelques passants, la route de Babylone. Aussitôt les doigts m’orientent tous vers la même direction. Lorsqu’au bout de quelques kilomètres j’aperçois un grand Mall du nom de Babylone, je réalise alors le quiproquo. Le mercantilisme aurait-il pris le pas sur l’histoire, au point que personne n’ait pensé à m’aiguiller vers les ruines et non vers un centre commercial ?
Mon itinéraire finalement rectifié, je découvre des quartiers visiblement plus aisés. A la sortie de la ville, je m’arrête boire un thé et remplir mon thermos d’eau chaude pour la suite de la journée.
Le décor devient rapidement plus sale et poussiéreux. De toute part, le plastique jonche le sol. La pluie fait soudainement son apparition. Dès lors, la fine couche poussiéreuse qui recouvre la chaussée, se transforme en pellicule boueuse dont les éclaboussures tapissent mes bagages. Lorsqu’au cours de l’après-midi, la pluie cesse enfin et que le macadam, sous l’effet du vent, sèche rapidement, je m’arrête à un point de lavage pour véhicules afin de nettoyer mon attirail.
Alors qu’en soirée je rencontre des difficultés à dénicher un endroit tranquille et discret pour camper, une voiture s’arrête et son chauffeur me questionne en anglais. Aussitôt, ce dernier m’invite à le suivre chez lui. Quelques centaines de mètres à peine, nous séparent du domicile de sa famille. Selim m’invite à m’installer dans le salon alors qu’Abdulah, son jeune frère nous sert le repas. Un ami, son frère, son beau-frère et Moslim, son père viennent passer un moment chaleureux en notre compagnie. Comme les Iraniens, les Irakiens ont cette capacité à vous faire sentir chez vous, à peine le seuil de leur maison franchi. Cette gentillesse et ce naturel dans l’accueil sont vraiment uniques et tellement réconfortants.
Plus tard dans la soirée, Abdulah dépose des assiettes de fruits auprès de chacun d’entre nous. Les discussions vont bon train et je ne vois pas le temps passer.
Au petit matin, nous prenons le petit-déjeuner et je repars en direction des ruines de Babylone.
Il faut bien avouer que j’attendais beaucoup du site de Babylone où j’ai le plus grand mal à ressentir des émotions. Cette ville antique de Mésopotamie, située sur l’Euphrate, a connu son apogée 6 siècles avant J-C.
De 1979 à 2003, Saddam Hussein, alors au pouvoir, fait reconstruire une partie du site au grand désespoir de nombreux archéologues. Certes des ruines subsistent, mais à mon avis, ces restaurations amputent le lieu de son âme et nous prive d’émotions généralement ressenties face à des ruines anciennes qui enflamment notre imagination. C’est sans doute pour ces raisons que je n’ai par exemple, rien ressenti de comparable à ma première visite d’Angkor au Cambodge ou du Machu Picchu au Pérou.
Le site est dominé par un des anciens palais de Saddam Hussein, établi sur la colline avoisinante. Malheureusement, pour raison de travaux, la police en interdit l’accès.
A la sortie du site mon regard est attiré par un vieux camping-car immatriculé au Portugal. Je m’en approche et fais aussitôt connaissance avec Ana et Zé, un couple de brésiliens ayant débuté leur route au « pays des Œillets ». Le fait de parler à nouveau un peu de portugais m’emplit de joie et me fait remonter de nombreux souvenirs.
Le lendemain, alors qu’à priori je n’allais pas y passer, je décide de rouler vers Nadjaf. Je passe du temps à boire des thés sur le bord de la route en compagnie de quelques personnes curieuses d’en savoir un peu plus sur ce qui m’amène en Irak. Moment joyeux au terme duquel, une fois de plus on ne me laisse rien payer.
Je prospecte un peu Nadjaf afin de m’imprégner de l’atmosphère de cette ville. Je visite le plus grand cimetière au monde. Le Wadi al-Salam (vallée de la paix), compte plus de 5 millions de tombes et s’étend sur plus de 600 hectares, soit 3 fois la superficie de Monaco.
A quelques pas, se trouve le mausolée de l’imam Ali, cousin du prophète Mahomet et premier imam du chiisme (656-661). De ce fait, Nadjaf est une ville Sainte pour les Chiites qui sont très nombreux à y venir en pèlerinage. Plus de 8 millions de pèlerins y viennent chaque année.
Le temps de me faire une coupe estivale, de boire des thés en compagnie de fort sympathiques Irakiens ravis d’échanger avec moi, de lire un peu, voilà venu le moment de quitter Nadjaf.
Sur plusieurs centaines de kilomètres, j’ai franchement l’impression de rouler au cœur d’une décharge à ciel ouvert. Voir autant de détritus joncher le sol est désespérant et totalement affligeant. Si l’Irak figure sur le podium des pays qui m’ont le mieux reçu, il l’est également en ce qui concerne la saleté. Bords de routes, rivières, champs, rien n’est épargné par les déchets.
En fin de journée j’aperçois, un peu à l’écart de la route, quelques palmiers parmi lesquels je décide de planter ma tente. Arrive aussitôt un jeune garçon qui me met en garde quant à la présence de loups et de « monstres ». Je lui réponds en souriant que pour les loups je compte sur leur gentillesse et quant aux monstres, j’en fais mon affaire. Il m’observe installer ma tente puis s’en va comme il est venu. Un peu plus tard, le revoilà avec ses deux frères qui ramènent un troupeau de moutons au milieu duquel se trouvent quelques dromadaires. Puis Kamal, se saisi d’une machette et va couper une pousse de palmier d’où il extrait adroitement une partie du cœur qu’il m’offre pour que je le mange. Cela s’avère excellent.
Le lendemain matin les trois garçons viennent m’inviter à prendre un petit-déjeuner que je viens juste de terminer. Ils assistent donc attentivement au démontage de ma tente puis je quitte mes bons amis, d’une politesse et gentillesse absolument remarquable.
Je ne compte plus les véhicules qui ralentissent ou s’arrêtent pour m’offrir de l’eau ou des fruits. On fait des selfies, des vidéos et on ne cesse de m’inviter à manger et à dormir, alors que la journée est loin d’être terminée.
Dans une boutique où je fais quelques provisions, un client s’approche et insiste pour payer mes achats. Décidemment l’Iran et l’Irak m’auront émerveillé par leur accueil. Ils sont sans aucun doute les deux pays sur les 124 que j’ai traversé où la générosité aura été la plus prodigieuse. Des voyageurs m’en avaient parlé, mais jamais je ne l’aurais imaginé à ce point.
Et cela n’est pas terminé. En fin d’après-midi, deux hommes sur un triporteur viennent à moi. Après m’avoir salué, le chauffeur m’invite aussitôt à manger et dormir chez lui. Je suis donc l’engin sur quelques centaines de mètres pour arriver devant la maison d’Abu Youssef. J’entre le vélo dans la cour intérieure et m’installe dans le salon au sol recouvert de tapis et de coussins. Puis il me propose de faire laver mes vêtements et me tend une tunique longue appelée ici dishdasha, au-dessus de laquelle je me vêts d’une cape plus épaisse, appelée aba.
Des amis vont et viennent. Nous discutons en profitant du traducteur téléphonique. J’apprends ainsi qu’Abu Youssef possède quatre chevaux anglo-arabes. Sur le mur trône une photo de lui avec l’un d’entre eux.
Puis Abu Youssef s’absente quelques instants pour revenir avec un grand plateau de nourriture destiné à tous les convives. Tout est délicieux mais visiblement l’estomac de cyclonomade n’a pas la capacité d’un estomac irakien. Je dors ensuite merveilleusement bien, sur un matelas qu’il m’apporte accompagné de couvertures pour faire face à la fraicheur nocturne.
Au petit matin Abu Youssef me sert un petit-déjeuner puis, après avoir tiré quelques clichés ensembles, je poursuis ma route, habité par la joie que me fournit de tels accueils.
A l’heure où les pays occidentaux se triturent les méninges pour fermer leurs portes, l’accueil que je reçois au Moyen-Orient me plonge dans un univers que je ne pouvais même pas imaginer. Une fois de plus, c’est une belle leçon que je reçois ici. Les « mercis » que j’adresse à mes hôtes me paraissent bien insignifiant face à ce qu’ils m’ont offert.
J’aperçois à présent quelques troupeaux de dromadaires. Je trouve cet animal tellement majestueux lorsqu’il évolue dans son milieu naturel que je multiplie les pauses pour juste les observer.
Je passe visiter la ziggurat d’Ur qui date du XXIe siècle avant J.C. J’y trouve un petit groupe d’architectes européens qui parlent français, l’occasion d’échanger un peu avec eux avant de poursuivre vers la ville de Nassiriya où je me trouve actuellement.
















































