Pédaler jusqu’en enfer.
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L’ineffable félicité.
22 janvier 2022

Je poursuis mon cheminement dans la fournaise en ne roulant que le matin, afin d’éviter les trop fortes températures. Tel un rituel bien orchestré, je démarre à l’aube. Rapidement une boule rougeoyante surgit dans mon dos. Je sais que sa beauté sournoise ne m’épargnera guère au fil des prochaines heures. Dans un premier temps tolérable, il devient rapidement téméraire de poursuivre dans ces conditions. Je ne fais donc preuve d’aucune hardiesse excessive et m’arrête pour attendre l’aube suivante.

Sur le bord de la route, des arbustes menacent mes pneus de leurs épines avides de gomme.

Ces dernières années, l’agriculture a fortement supplanté la foresterie, notamment en raison de l’avancée de la culture du soja, qui a entraîné la disparition de vastes espaces boisés de la zone.

J’aperçois de nombreux charbonnages qui se nourrissent encore des forêts rescapées environnantes. On dépouille la terre de ce qui subsiste de son écrin de verdure.

En m’arrêtant à l’un d’eux, ma complainte du cyclonomade en surchauffe s’éclipse aussitôt face au labeur harassant des travailleurs. La poussière de charbon noircit leurs vêtements et leurs visages. Ils s’échinent ainsi jusqu’au soir, même lors des heures les plus chaudes de l’après-midi. De la « folie » pure ! Comment peuvent-ils endurer de telles conditions ?

Abasourdi, je reprends ma route, pensif. Leur image ne me quitte plus. Mon esprit est assailli par une profusion de sentiments et d’interrogations diverses. Selon le lieu de naissance ou le milieu social dans lequel vous venez au monde, la vie vous réserve soit une certaine douceur, soit beaucoup d’adversité.

Me voilà à Joaquin Victor Gonzalez, bourgade où je vais me reposer un jour. On m’annonce un peu de pluie, peut-être un espoir de fraîcheur…