Désert saoudien.
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Sous les ponts d’Arabie…
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Le vent devient un compagnon assidu contre lequel je maugrée régulièrement lorsque celui-ci ne se montre pas coopératif. C’est le cas en cette matinée au ciel obscur qui lâche soudain quelques bonnes averses. Après plusieurs kilomètres je m’abrite dans une station-service abandonnée, comme j’en trouve régulièrement sur le bord de la route. Mais celle-ci est habitée d’une atmosphère plutôt inhospitalière. De ce fait, malgré quelques hésitations, je poursuis ma route quelques heures supplémentaires jusqu’à une intersection où se trouve un grand centre commercial en construction. J’installe ma tente à l’abri, j’avale une soupe, j’écris mon journal et je m’enfouis, totalement rincé, dans mon duvet douillet.

Le lendemain, j’opte pour un itinéraire qui s’enfonce dans le désert. Il m’offre l’avantage d’être littéralement porté par le vent. Malheureusement, après une quinzaine de kilomètres, je me trouve nez à nez avec des militaires qui m’ordonnent d’opérer un demi-tour, car je suis à l’entrée d’une grande base de l’armée de l’air Saoudienne. Eole, qui était un allié précieux, devient dès lors mon pire ennemi. Il me clou surplace. Par la suite celui-ci me viendra légèrement de côté. Quelques véhicules s’arrêtent pour m’offrir de l’eau et me proposent de m’amener plus loin. Devant mon refus, je lis dans leur regard une totale incompréhension.

Ce soir encore je me trouve dans une grande station-service abandonnée. Des bâtiments commerciaux sont vides et certains ont leur vitrine cassée. Sur des portes, se trouvent d’anciens autocollants pour le port du masque. Visiblement ce lieu fonctionnait encore à l’époque du covid. Plusieurs personnes me confirmeront le lendemain que le covid a été fatal à de très nombreux commerces. Je dors sur la moquette d’une mosquée, elle aussi abandonnée. A quelques pas de là, une autre, plus moderne, est fréquentée par les routiers de passages. Les Mosquées me permettent de bénéficier de toilettes ainsi que d’eau potable.

Au cours des jours suivants, le vent joue avec moi. Tantôt, favorable, tantôt sur le côté ou bien de face, celui-ci se montre aussi incertain que la météo actuelle.

Dans un hameau, je fais mes emplettes dans la seule épicerie du coin. Le commerçant est Palestinien. La conversation vient naturellement sur le conflit actuel. Il me dit que les Palestiniens sont bien seuls et que les pays comme la France ne devraient plus vendre d’armes à Israël. L’homme n’épargne pas non plus les pays arabes, riches, qui privilégient l’argent plutôt qu’un soutien aux Palestiniens.

Puis en quelques heures, mon pédalier se dégrade totalement. L’axe semble faussé. Malheureusement, je n’ai pas d’extracteur, outil que je possédais, pendant des années. Mais dans mon « impossible » quête d’allégement de mes bagages, voilà qu’il y a quelques mois, j’ai décidé de m’en séparer.

En roulant ainsi, je prends entre autres, le risque de me blesser au niveau des genoux. J’atteins une petite mosquée à l’arrière de laquelle se trouvent plusieurs Soudanais, vivant dans une sorte de containeur aménagé. Je plante ma tente à quelques pas et me retrouve aussitôt invité à manger avec eux à l’heure de la rupture du jeûne.

Deux camionneurs et un youtubeur Saoudien, de passages, viendront se joindre à nous au moment du repas. Assis sur un tapis à l’extérieur, chacun plonge gaiement sa main droite dans l’Assida, spécialité soudanaise que nous apprécions tous.

Le lendemain, je me rends à l’évidence : je ne peux plus rouler ainsi. Je décide donc de me faire porter dans la ville de Buraydah afin d’y trouver un magasin de cycles pouvant réparer mon axe de pédalier. Un camion transportant deux dromadaires s’arrête et me porte une quarantaine de kilomètres plus loin dans la petite ville de Qibah où se trouve Ali, réparateur de vélo venu du Bangladesh. Je me doute qu’il n’aura pas d’extracteur de pédalier et je l’imagine déjà muni d’un marteau et d’un burin. Mes prévisions s’avèrent justes. Lorsque je le vois s’emparer d’un marteau et d’un burin, je le stoppe immédiatement.

Que dois-je faire ?

Le temps de m’apaiser, je lui dis alors de continuer, tout en étant à la fois inquiet et attentif à son travail. Finalement, Ali parvient à extraire la pièce endommagée. Il m’y installe un nouvel axe avec des roulements neufs. La qualité est basique mais devrait me permettre de poursuivre sans problème pour quelques temps. Avec deux autres amis Soudanais, ils me déconseillent fortement d’aller dans leur pays qui vit actuellement une période des plus noire de leur histoire.

Le lendemain, un nouvel élément va venir « empoisonner » mon avancée. Je m’aperçois qu’un véhicule de la police me suit. Lorsque je m’arrête, il fait de même et quand je reprends, lui aussi. Je reviens donc sur mes pas pour demander au policier de ne pas m’escorter de la sorte. Très poli, celui-ci me dit qu’il fait cela pour me protéger, mais qu’il va donc cesser.

Lorsque je repars, je note qu’il poursuit son manège, tout en me laissant un peu plus de distance. Face à cela je stoppe sur le bord de la route, je sors mon fauteuil et commence un peu de lecture. Le policier vient et me demande pourquoi je m’arrête ?

Je lui réponds que j’ai envie de lire.

« Combien de temps » ?

« Aucune idée, peut-être vais-je dormir ici ».

Il reste un peu plus loin puis il disparait. Lorsque je reprends c’est un autre véhicule de Police que prend la suite.  Cinq escortes vont se succéder pendant deux jours. A chaque fois on me ressort les mêmes arguments : ma protection.

Puis en passant à Shari, je fais mine de vouloir perdre le véhicule qui cherche à me suivre tout en étant discret, ce qui n’est pas vraiment le cas. Lorsqu’il arrive, je file en sens inverse, l’obligeant à effectuer un demi-tour. Puis je vais directement au poste afin de parler au chef. Un Soudanais me sert d’interprète.  

Le chef me dit qu’ils ne me suivent pas, puis rajoute qu’en fait, ils le font pour ma sécurité, en cas d’accident ou à cause des serpents dans le désert…argument qui me fait éclater de rire devant son absurdité. Je lui demande comment à plusieurs centaines de mètres un policier va me protéger d’un serpent ?

Puis je lui dis qu’une dizaine de mes amis devaient venir faire du vélo en Arabie Saoudite pendant un mois, mais que ce matin je les ai contactés pour leur conseiller d’aller plutôt en Irak ou en Iran car ici nous sommes suivis par la Police…

Quelques arguments supplémentaires de part et d’autre puis le chef téléphone à un plus haut responsable. Après quelques minutes, il me demande d’enregistrer leur numéro de téléphone en cas de problème et que dorénavant ils ne me suivront plus, ce dont je doute fort.

Au moment de partir il me lance : « dites à vos amis de venir en Arabie Saoudite » !

Je lui réponds : « C’est trop tard, ils ont acheté ce matin des billets pour l’Iran. Peut-être l’année prochaine, si tout se passe bien pour moi » !

Depuis, il semble que je sois tranquille. Hier une voiture de police m’a juste demandé si tout allait bien. Il me reste néanmoins pas mal de trajet dans le pays et j’espère vraiment pouvoir poursuivre sans escorte, d’autant qu’ici, rien ne la justifie.

Les jours se suivent, les kilomètres s’égrènent et les paysages dévoilent quelques variantes. Ainsi, je suis passé d’une zone ou le désert était en partie recouvert de verdure, bonheur des animaux. Ensuite j’ai eu droit à un désert coloré de violet, phénomène favorisé par les récentes pluies. Ces fleurs surnommées « lavandes du désert » embellissent la zone. Puis un soir, hébergé par des Afghans, je m’étonne de voir des gens déambuler dans le désert en quête de quelque chose. Ceux-ci me disent qu’ils recherchent la fameuse « truffe du désert ».

Le lendemain, en bivouaquant dans le sable, j’aperçois deux ou trois véhicules de gens à la recherche de truffes. Je m’approche de l’un d’eux qui m’explique auprès de quelle plante elles se trouvent. L’homme n’en a pas encore trouvé mais il est vrai qu’il vient juste d’arriver.

Ce soir je dors donc au cœur des truffes.

Malheureusement la réparation d’Ali n’aura pas tenue longtemps et c’est avec un pédalier à nouveau voilé que j’arrive dans la ville d’Hail. Aucun magasin de cycles n’effectue des réparations. Mais je trouve finalement une bicoque près du bazar, où un Afghan va à nouveau démonter et mieux resserrer l’ensemble. Tout parait dans l’ordre. Je reste deux jours ici pour visiter les lieux, faire une bonne lessive et bien me reposer.

La période du Ramadan n’est vraiment pas l’idéale pour visiter l’Arabie Saoudite car je traverse dans la journée des bourgades fantômes et je ne peux donc plus échanger avec les gens autour d’un thé ou d’un café comme j’aime généralement le faire.

Dans cette région se trouvent de très nombreux Afghans, essentiellement Pachtounes. Depuis mon entrée en Arabie Saoudite je ne vois pas de femmes. Parfois, j’aperçois une ombre furtive toute voilée de noir. Plus qu’en Iran ou en Irak, je suis ici dans un monde essentiellement d’hommes. Je croise toujours très peu de Saoudiens mais des Indiens, Bangladais, Pakistanais, Soudanais et à présent des Afghans.