Rêve d’enfant.
12 mai 2026
Rêve d’enfant.
12 mai 2026

Les hauteurs de l’Atacama se sont montrées d’une infinie générosité à mon égard, m’offrant autant de splendeurs minérales que de touchantes rencontres animales. Mais, là-haut, au-delà des 4 000 mètres d’altitude, les nuits hivernales mordent avec une froideur implacable. Aussi ne quittais-je mon duvet qu’au moment où les premiers rayons du soleil venaient enlacer ma tente et dissiper enfin le gel de la nuit.

Alors commençait une nouvelle journée d’émerveillement, récompense précieuse des efforts consentis sur ces pistes tourmentées, ondulant sans fin. Certaines portions malmenaient durement mes roues, tandis que chaque mètre gagné en altitude rappelait la raréfaction de l’oxygène. Avec près de quatre-vingt-dix kilos de chargement, chaque montée devenait un lent combat contre l’essoufflement. Dans ces contrées austères, il fallait emporter bien plus que des vêtements chauds : des réserves abondantes d’eau et de nourriture étaient indispensables, d’autant que plusieurs communautés atacamènes interdisaient alors l’accès à leurs villages en raison du Covid.

Près des geysers du Tatio, je dressai ma tente dans un petit abri protégé du vent. C’est alors qu’apparut un jeune renard, à la fois curieux et méfiant. Pendant de longues minutes, nous nous observâmes en silence, avec cette curiosité réciproque qui naît parfois entre l’homme et l’animal. Comme le Petit Prince face au renard de Saint-Exupéry, je lui adressai quelques mots auxquels il répondit par la douceur attentive de son regard. Pour saisir cet instant en photographie, je veillai au moindre de mes gestes, refusant d’effaroucher ce compagnon inattendu.

Ce souvenir demeure gravé en moi comme un éclat rare : une parenthèse de grâce et de poésie venue illuminer ma route au cœur de l’immensité andine.