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Dans les villes et villages indonésiens que je traverse, on croise presque toujours quelques cyclopousses. Lorsque nos routes se croisent, un salut complice s’échange immanquablement, accompagné d’un sourire franc ; collègues d’effort, unis par la même fatigue et le même entêtement à avancer.

La montée vers le volcan Bromo me réserve cependant quelques surprises. Sur certaines portions, la pente est telle que je dois mettre pied à terre. L’effort devient alors brutal. Il me faut pousser mon vélo, peu coopératif, qui semble n’avoir qu’une envie : repartir en arrière. Toute la journée je lutte contre la pente, jusqu’à atteindre enfin Cemoro Lawang. Ma récompense m’y attend : un coucher de soleil féérique au bord de l’ancien cratère du Tengger. Au centre de cette vaste caldeira se dressent trois cônes volcaniques, Bromo, Batak et Kursi, que balaient les derniers rayons dorés du jour. Très vite, la température chute, mais la fraîcheur rend la nuit bien plus agréable.

Au matin, je pars observer de plus près le cratère du Bromo, qui distille inlassablement des fumerolles échappées de ses entrailles.

Le lendemain, éclairé par ma lampe frontale, je grimpe vers le sommet du Gunung Penanjakan. Mais l’affluence de 4×4 déversant un flot continu de touristes me fait rapidement renoncer. Je redescends vers un point de vue intermédiaire, d’où la vision est en tout point identique, la cohue en moins. Le panorama y est grandiose. Finalement, lorsque le soleil s’est bien installé, je remonte jusqu’au sommet, déjà presque désert.

Je prends ensuite la direction du volcan Ijen, ce qui m’oblige encore à grimper. Dans cette région, une partie de la population vit du séchage du tabac. Des champs de canne à sucre et des plantations de café complètent le paysage.

Je m’arrête un instant pour observer un vieil homme qui laboure un champ avec ses bœufs. Quel âge peut-il bien avoir ? Il ne paraît plus très robuste, mais poursuit pourtant son travail, répétant sans doute pour la millième fois ce geste ancestral.

Je plante ma tente près du lieu où les mineurs de l’Ijen viennent peser le soufre qu’ils ont extrait.

La nuit est fraîche.

À l’aube, j’entends les pas des mineurs qui passent près de ma tente. Je me lance à mon tour à l’assaut de l’Ijen, en compagnie de l’un d’eux. En tongs, il grimpe à vive allure. Équipé d’un masque, je le suis jusque dans le cratère. En bas, je tente de retirer ma protection quelques secondes, mais je comprends aussitôt que c’est insupportable. Pourtant certains mineurs n’ont devant le visage qu’un simple morceau de tissu. Les fumerolles toxiques tourbillonnent ; parfois la visibilité disparaît complètement. La fumée brûle les yeux.

De quelques tuyaux installés au fond du cratère s’écoule un liquide orangé qui, en refroidissant, devient jaune : le soufre.

Les mineurs en détachent des blocs à coups de barre à mine. Ils les chargent ensuite dans deux paniers reliés par une palanche qu’ils portent sur l’épaule. Des hommes toussent, d’autres halètent… tous souffrent.

Puis vient la remontée vers le bord du cratère. Quelques arrêts pour reprendre son souffle ou, à ma grande surprise, pour allumer une cigarette et la marche reprend. Ensuite commence la descente vers le poste de pesage, où attend un camion. À peine pesé, aussitôt payé. Pour ce trajet, « Shoopma », le mineur que j’accompagne, recevra environ deux euros, le prix d’une bière. Ces forçats du soufre effectuent généralement un second voyage dans la journée. Certains gagnent un peu plus en accompagnant un touriste et en lui racontant leur vie de mineur : cela leur rapporte l’équivalent d’une charge.

C’est bien peu pour un travail d’esclave, un labeur qui me rappelle celui des mineurs du Nordeste brésilien, rencontrés en l’an 2000, qui fouillaient la terre brûlante à la recherche d’opales.