L’empreinte des caravanes, (juin 2012).
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Sous le souffle des volcans, (octobre 2013).
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Le vent me pousse vers l’intérieur de l’Afrique ; il m’y entraîne, m’y aspire, comme s’il voulait m’y serrer plus étroitement encore. Ayant épuisé tous mes prétextes de fuite, je ne peux désormais que m’abandonner, corps et âme, à ce continent aux mille visages. Je pressens déjà que je vais y voir, y entendre, y respirer des choses inconnues ailleurs. La chaleur elle-même entame mes défenses, m’affaiblit pour mieux me livrer à l’attrait magnétique de cette terre. Au fond de moi, je le sens : elle m’a déjà capturé.

Jusqu’où me mènera ce plongeon irrépressible dans les entrailles africaines ?
La réponse ne viendra que goutte à goutte, distillée avec lenteur, presque avec malice, à chaque coup de pédale, à chaque bouffée d’air brûlant, à chaque mètre conquis sur ce sol vibrant de haine et d’amour, de guerres et d’accalmies, de musiques et de clameurs, marqué par tout, sauf par l’indifférence et la monotonie.

Plus j’avance dans le Sahara, plus je m’enquiers de ce qui m’attend. À la moindre halte, je glane une information sur la distance qui me sépare du prochain point d’eau. Le vent m’est favorable, certes, mais je pars à l’aube pour profiter de la fraîcheur et engranger des kilomètres avant que le soleil ne devienne implacable. Aux heures les plus ardentes, après avoir parcouru une distance honorable, je m’arrête dans une station-service ou dans quelque boui-boui providentiel.

Les lignes droites, interminables, où le sable et le ciel se rejoignent pour s’accompagner jusqu’à l’infini, invitent à la méditation. Mes pensées se déploient, vagabondent, s’entrelacent. Il m’arrive même de rêver les yeux ouverts, de pédaler tel un somnambule porté par l’élan. Soudain, le vent soulève l’extrémité de mon chèche et la projette devant mes yeux : je sursaute, croyant l’espace d’un instant voir se pencher sur mon épaule la tête d’un passager imaginaire.

La solitude du désert est telle qu’elle enfante des présences.

Un autre jour, j’aperçois au loin ce que je prends pour un cycliste. Mon cœur s’allège à l’idée d’une rencontre dans cette immensité hostile ; j’imagine déjà la pause partagée, l’échange de conseils d’itinéraires et d’histoires de routes. Hélas, le dromadaire que je confondais avec un compagnon de selle se révèle peu disert. Mon imagination, décidément, me joue d’étranges tours.

Peu après Lâayoune, j’atteins le port d’El Marsa, vibrant d’une agitation continue. On décharge les bateaux ; un flot ininterrompu de camions emporte le poisson vers les grandes villes marocaines, tandis que d’autres livrent la glace aux pêcheurs. Des hommes, espacés de quelques mètres entre le pont et le quai, se lancent avec dextérité des seaux pleins de sardines, aussitôt vidés dans des caissettes puis recouvertes de glace. Le seau vide repart dans les airs, regagne le bateau et reprend sa place dans cette mécanique parfaitement réglée.

À l’écart, des pêcheurs raccommodent des filets abimés, qui devront être prêts pour la nuit prochaine.

Autour de cette fourmilière, des vendeurs ambulants s’installent : boissons fraîches, eau minérale, biscuits, confiseries ; certains préparent des sandwichs, d’autres font griller des sardines dont l’odeur se mêle à celle du sel et du gasoil. Ce ballet ne cessera qu’avec la dernière caisse déchargée.

Pour ma part, je reprends la route, poursuivant ma descente vers la Mauritanie voisine…