
Musique.
1 février 2025
Irak
11 février 2025Lorsque je quitte Kermanshah, en Iran, la température matinale avoisine les -8°. Pourtant, contrairement aux semaines écoulées, je ne ressens pas le froid. Le temps est sec, ce qui rend ma progression nettement plus agréable. Seul un petit vent frais, viendra dans la journée, me gêner légèrement.
Les jours suivants, je retrouve des sensations restées trop longtemps lointaines. La présence continue du soleil engendre une petite montée du thermomètre qui ranime simultanément l’esprit d’initiative de la population. Voilà belle lurette que je n’avais pas vu autant de famille autour d’un pique-nique. Les rires sonores des enfants m’emplissent de félicité. Le pique-nique, plaisir simple et peu onéreux durant lequel grands et petits se divertissent tout en s’oxygénant !
A Qasr-e-Shirim, dernière ville iranienne avant la frontière, je répare un petit souci avec le dérailleur avant causé par un pas de vis détérioré. Alors que je flâne dans le petit bazar, deux musiciens accompagnés d’une vieille danseuse, déambulent dans les allées sous les regards réjouis de quelques badauds. Presque tous déposent une obole dans une boite portée par un troisième homme.
J’abandonne ici, mes paires de chaussettes en laine, un blouson, une couverture et une paire de gants. Vu mon parcours à venir, je laisse le froid derrière moi et donc avec lui quelques kilos de bagages.
De ce fait, c’est un peu plus léger que je me dirige vers la frontière irakienne. Comme c’est souvent le cas dans les zones frontalières de la région, je dépasse une longue file de poids-lourds qui attendent d’en terminer avec toutes les formalités pour enfin passer de l’autre côté.
Je sors d’Iran très facilement et lorsque je présente mon passeport à l’agent irakienne, celle-ci semble un peu décontenancée et me demande si j’ai besoin d’un visa. Entrevoyant l’éventualité de ne pas payer le fameux sésame, je lui réponds que je n’en suis pas certain. Les minutes passent sans que ma situation ne progresse. Puis l’agent parvient finalement à contacter un responsable qui lui demande de me faire patienter jusqu’à son arrivée. Une bonne demi-heure plus tard, le gradé se présente à moi et m’informe que je vais bien devoir payer un visa. Une personne présente m’aide dans les démarches. L’homme paie pour moi avec sa carte bancaire irakienne et je lui rembourse la somme en dollars.
C’est donc allégé d’une centaine de dollars que je donne mes premiers coups de pédales sur le sol irakien.
A Khanaqin j’achète une nouvelle carte Sim et j’en profite pour me restaurer. Je trouve mon bonheur dans une gargote où le personnel s’avère fort sympathique. Nous prenons quelques photos, puis au moment de payer l’addition, le gérant refuse en me disant qu’il m’offre les repas.
Je quitte ensuite la ville pour trouver un lieu de bivouac sur un terrain vague, un peu à l’écart de la route. Il y a longtemps que je n’avais pas autant savouré une nuit sous la tente. J’écris mon journal, je cuisine, je lis…tout cela sans ressentir le froid ; quel bonheur !
Le voyage va prendre le lendemain une nouvelle tournure. Le parcours est plat, le soleil est présent et mon vélo tourne à merveille. Débutent alors une succession d’arrêts pour faire des selfies. Si certains véhicules s’arrêtent, d’autres ne font que ralentir et une fois leur vitre baissée, on me filme avec un téléphone portable. A deux reprises, le passager me tend une banane, puis une autre fois une pomme. Tous me souhaitent la bienvenue en Irak.
Je suis impressionné par le nombre de policiers et militaires. De très nombreux postes jalonnent la route.
En revanche, je trouve partout des détritus en quantité invraisemblable. Je passe soudain devant une décharge à ciel ouvert. J’y aperçois un véhicule et m’en approche. Là, je découvre une famille entière qui collecte du plastique et du métal qu’ils vont ensuite revendre. En se décomposant, les déchets dégagent une odeur pestilentielle difficilement supportable. En observant ces gamins, me reviens en mémoire un livre : « Les Petits Chiffonniers de Phnom Penh : Poussières de vie » que j’avais lu alors que je me trouvais au Cambodge en 1998. Des scènes de vies d’aujourd’hui me font régulièrement voyager dans le temps.
Je m’arrête un peu plus tard pour me sustenter dans un kebab du bord de route. Le repas m’est une nouvelle fois offert. A peine une demi-heure plus tard un homme m’invite à prendre un thé dans une autre gargote. Sans que j’y prenne garde, arrive un deuxième repas. J’avale donc cette nouvelle collation qui m’est offerte et poursuis ma route jusqu’à ce qu’un petit groupe de personnes m’interpellent. Je vais à leur rencontre et partage un thé avec eux. Puis voilà qu’on m’apporte un troisième repas sous les regards joyeux de mes interlocuteurs. Je tente alors en vain de leur expliquer que je n’ai plus faim. Mais je me dois d’abdiquer devant leur insistance. Cependant, je m’inquiète grandement à l’idée qu’à ce rythme-là, je vais rapidement regagner les kilos de bagages abandonnés en Iran.
Quelle gentillesse et quelle générosité et la journée n’est pas encore terminée.
Après les repas, je dois m’arrêter à quelques check-points militaires pour présenter mon passeport. Plus tard, alors que je m’apprête à aller camper un policier m’ordonne de poursuivre vers l’hôtel de la prochaine ville. Lorsque j’entre dans la cité deux autres policiers examinent mon passeport et m’envoient vers l’hôtel en question. La nuit vient de tomber et je n’ai plus trop le choix. L’hôtel est complet. Je ressors et me dirige vers la rivière voisine lorsque j’aperçois un terrain avec un hangar en construction. A quelques pas de là se trouve une petite « roulotte » où un jeune étudiant en médecine vend des cafés. Lorsque je demande si je peux m’installer sur le terrain, le propriétaire de la roulotte contacte aussitôt celui du terrain qui s’avère être un de ces amis. Quelques minutes plus tard, après avoir bu un café au lait qui m’est offert, arrive Ahmed. Il m’invite à le suivre plutôt que de dormir là. Il est fleuriste et sa boutique, très bien achalandée, est situé sur un grand terrain où je pense planter ma tente. Mais Ahmed me suggère plutôt de dormir dans son bureau. Le magasin ne ferme qu’à minuit. Après avoir été invité à partager leur repas dans la boutique, je m’installe tranquillement pour finalement passer une excellente nuit, mes pensées habitées par toute la générosité de cette population irakienne qui comme c’était déjà le cas en Iran, s’avère déjà exceptionnelle.
Je quitte Bakouba au petit matin. Sur la soixantaine de kilomètres que je parcours pour atteindre le centre de Bagdad, je suis constamment arrêté par la police ou par l’armée. A une quinzaine de reprises on contrôle mon passeport. La démarche est parfois purement symbolique car je remarque que l’agent tient mon passeport à l’envers. L’alphabet n’étant pas le même, l’opération n’est pas aisée pour quelqu’un ne parlant que l’arabe. D’autres fois en revanche, l’examen est plus approfondi et efficace. J’avoue néanmoins que je suis un peu agacé par la multiplication de ces contrôles. Que ce soient les policiers ou les militaires, tous demeurent néanmoins très sympathiques à mon égard.
Dire que la circulation à Bagdad est plutôt chaotique relève de l’euphémisme. Les agents de la circulation semblent totalement dépassés devant l’affluence de voitures, camions, tuk-tuks. On roule dans tous les sens et le premier qui s’avance à la priorité. Chacun tente de forcer le passage. La présence militaire et policière est ici encore plus impressionnante. Aux ronds-points, plusieurs auto-mitrailleuses se font face. Dans les rues ou avenues, à intervalles réguliers des soldats lourdement armés veillent.
Pourtant au milieu de ce « chaos », je trouve un certain charme à cette vie débordante. J’adore les échanges avec les camelots ou avec les chalands. Le spectacle est incessant et les scènes de vie ne manquent pas d’originalité. Mais partout, lorsque je demande un renseignement, la bienveillance est présente. Encore une fois, je me délecte de cette gentillesse. Tous les thés ou les cafés que je consomme me sont offerts.
Que de leçons, nous occidentaux, devrions-nous tirer de ces populations que l’on a trop tendance à mépriser sans réellement les connaître. Mais pour cela vaudrait-il mieux aller à leur rencontre plutôt que de se fier au matraquage médiatique totalement anxiogène.
















































