Retour au calme.
1 juillet 2025
Maïs pour la bière.
16 juillet 2025
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16 juillet 2025

En quittant Lalibela, je croise un flot continu de gens se dirigeant à pied, vers la ville où doit se tenir un marché, si je me fie aux marchandises amenées à dos d’ânes.

En revanche, je ne pense pas être si rapidement confronté à des changements aussi radicaux au niveau de l’atmosphère régnant dans la région.

Un agréable soleil enveloppe le décor, lorsque soudain, apparaissent au loin de gros nuages annonciateurs des premières pluies saisonnières. De grosses gouttes tombent instantanément et je crois même, l’espace de quelques secondes, qu’il s’agit de grêlons.

J’enfile illico ma veste Goretex.  Je réalise pleinement mon statut de privilégié en croisant des gens munis de simples couvertures, marchant même souvent pieds-nus. Ou encore ce gamin vêtu d’un simple slip et d’un tee-shirt élimé.

Deux mondes se croisent !

Ce soir, j’installe ma tente à la lisière d’un bois d’Eucalyptus. Cet arbre, introduit dans le pays à la fin du XIXème siècle, est essentiellement utilisé comme bois de chauffage, dans la construction ou encore pour la fabrication de clôtures. Parfaitement adapté aux conditions locales et d’une croissance rapide, il est une ressource très appréciée de la population. 

Toutefois, des scientifiques ainsi que plusieurs communautés locales expriment des inquiétudes quant à son effet néfaste sur les nappes phréatiques, sur l’érosion des sols ou la réduction de la végétation.

Dans de nombreux pays du monde, l’Eucalyptus reflète le désir de l’Homme d’aller de plus en plus vite au point de ne même plus laisser le temps aux arbres de pousser.

Voltaire disait : « Le monde avec lenteur marche vers la sagesse ». Nous ferions bien d’y réfléchir.

Ce soir, les dernières montées sous une pluie battante facilitent mon endormissement. Mais au cœur de la nuit, je suis réveillé en sursaut par de lointaines détonations. Il semble qu’il s’agisse de tirs d’armes à feu. Je parviens tout de même à retomber lentement dans les bras de Morphée.

Le lendemain matin je remarque une présence militaire accrue. De nombreux pickups chargés de soldats et de mitrailleuses me dépassent sans relâche. Dans les villages voisins, j’observe des soldats qui marchent en deux files indiennes, une de chaque côté de la chaussée, pour visiblement s’assurer qu’aucun rebelle ne s’y cache.

L’atmosphère est quelque peu tendue.

Lors d’une pause-café, des hommes me confirment que la nuit dernière a été le théâtre d’échanges de tirs entre l’armée et les milices indépendantistes, toujours actives en région Amhara.

J’atteins finalement Nefas Mewcha simultanément au début du déluge. J’y dégote, une chambre au tarif « exorbitant » de 1,90 Euros. J’en profite pour glaner des informations. Tout le monde m’exhorte de ne pas poursuivre à vélo sur la zone qui suit. Un homme m’affirme même y avoir été totalement dépouillé il y a quelques jours de cela. Il m’assure qu’une multiplication d’incidents violents sont observés sur ce tronçon. On me conseille d’emprunter un véhicule.

Je bois une bière dans une gargote où les avertissements sont unanimes. Je me donne la nuit pour réfléchir et prendre une décision sur ce que je dois faire et surtout sur l’option qui m’inspirera le plus confiance.

Mais le lendemain matin, on m’informe qu’aucun véhicule n’est autorisé à rouler pour une durée de quatre ou cinq jours en raison de l’insécurité. Un homme, avec qui j’ai longuement échangé hier soir, me dit que je peux néanmoins passer à vélo. Lorsque je lui parle sécurité, il me répète ce qu’on me disait à Addis Abeba, que le conflit oppose les rebelles au gouvernement et qu’en tant que voyageur tout devrait bien se passer. 

Ses propos sont totalement inverses à ceux qu’il me tenait hier soir.

A qui se fier ?

J’avale mon café et décide d’avancer un peu sur la route afin de vérifier par moi-même si je ressens du danger.

Aucun véhicule ne roule mais j’observe de très nombreuses personnes à pied. Leur présence m’inspire confiance et j’avale les kilomètres sans trop m’inquiéter.

Les salutations amusées se multiplient.

Dans les deux premiers villages de nombreux militaires sont en poste. L’un d’eux m’arrête et pour me demander ce que contiennent mes sacoches il donne un coup de pied dans l’une d’entre elles. Mon sang ne fait qu’un tour et le ton monte un peu. Faisant mine de ne pas comprendre ce qu’il veut, je profite d’un instant de silence pour dire au revoir et partir illico.

Tout le reste du trajet est calme et plaisant. Seule une pluie battante s’invite comme c’est le cas depuis trois jours. Finalement la journée se termine bien et si je me fie aux avertissements des gens, il s’agissait de la zone la plus délicate à traverser.

Après les fortes pluies nocturnes, je reprends la route sous un soleil éclatant. La campagne est prise d’assaut pas les paysans qui labourent munis de leurs vaches. Les semailles vont bon train. Il faut profiter de la saison des pluies qui vient de débuter.

Des champs, me viennent aux oreilles l’échos des conversations, les commandements lancés aux animaux et les surprenants claquements de fouets destinés à guider les bêtes.

La campagne est joyeuse malgré le nombre important de militaires.

Deux soldats m’arrêtent au sommet d’une montée. Je lis une certaine fourberie dans le regard de celui qui me parle. Il me certifie que je dois effectuer un demi-tour. Je suis certain qu’il ment car aux derniers checkpoints on ne m’en a pas informé.

Devant mon refus de lui obéir, il me demande de lui donner de l’argent ou un vêtement. Je le rembarre aussitôt et sans attendre la suite, je poursuis ma route.

J’apprendrais plus tard qu’il ne s’agissait pas de militaires mais de rebelles.

Comment se comportent ces soldats, militaires ou rebelles, avec la population locale ?

Rançonnent-ils également les pauvres gens ?

Lorsque je constate le nombre de militaires dans les pays que je traverse, je ne peux que regretter l’argent dépensé par les Etats dans ce domaine. Sous prétexte de maintenir la Paix dans le monde on dépense des sommes folles dans l’armée et le matériel militaire couteux pour le résultat déplorable que nous connaissons et qui démontre qu’au contraire, plus on s’armera moins nous serons en sécurité.

Malheureusement le monde est dominé par des têtes pleines d’air, tels que Trump ou Netanyahu qui sont suivis, tel un troupeau de moutons, par des gouvernants démunis de courage. Comme le dit Bernard Weber : « La violence est le dernier refuge de l’incompétence. »

Notre monde manque cruellement d’adeptes de la non-violence tels Gandhi qui disait : « la non-violence est l’arme des forts ! »

Je me rends compte qu’au fil de mon avancée je deviens de plus en plus allergique à tout ce qui concerne l’armée et je suis conscient de dépasser parfois les limites lorsque je m’adresse à la soldatesque que je croise.

Fort heureusement, pour l’heure, je trouve un certain apaisement en observant la vie rurale tellement plus belle, plus utile et plus humaine. La beauté de la nature environnante est reposante et m’emplit d’une belle énergie que je dois m’attacher à ne pas gâcher en clash stériles avec les militaires.

Une fois de plus, je devrais plutôt tenter de m’inspirer de cette autre pensée du Mahatma : « La haine tue toujours, l’amour ne meurt jamais ».

Une famille entière s’active sur une petite parcelle. L’homme laboure, guidant son attelage composé de deux vaches. Une vieille femme courbée s’attache à ôter quelques touffes d’herbes. Des enfants vont et viennent avec deux petits veaux pour visiblement briser les mottes de terres restantes. Et enfin, une plus jeune femme, son petit dernier dans son dos, est occupée à semer.

Je m’arrête quelques minutes échangeant quelques sourires et gestes avec cette famille. Si nous n’avons aucun mot en commun, c’est le plus beau des langages qui nous permet d’échanger : celui du cœur.