Le mauvais temps qui prédomine depuis le début de mon parcours prend soudain une importance grandissante étroitement liée à ma progression vers le nord. En Norvège, la pluie et le froid sont des éléments qui influencent mes décisions quant à l’itinéraire à suivre. Par mauvais temps, la réalisation d’images devient pour moi mission quasi-impossible. De plus, si dans certains pays les bars m’offrent un lieu de pause et de rencontres, la chose est ici exclue en raison des tarifs exorbitants appliqués. Mes lieux de repos sont donc les abribus ou parfois les stations services dans lesquelles je trouve un peu de chaleur et même la trop rare possibilité d’échanger quelques mots avec l’employé.
Le littoral norvégien sème toutefois sur ma route une succession de fjords de tailles diverses au charme incontestable, agrémentés parfois de quelques brèves traversées en ferry. Ce sont pour moi autant d’occasion pour me sécher un peu avant d’affronter à nouveau les caprices de la météo qui malheureusement amenuise la beauté de certains lieux et surtout le plaisir de les traverser.
La similitude entre certains paysages norvégiens et chiliens le long de la Carretera Austral est souvent marquante. Les beautés s’égrènent devant mon guidon. A Preiskestolen, proche de la ville de Stavanger, le soleil semble caresser le sentier qui au milieu de rochers, bruyères et petits lacs me mène à la fameuse « chaire » (avancée granitique) qui du haut d’une falaise de plus de 600 mètres domine le Lysefjord. Il y a toujours un petit côté jouissif d’arriver avec un simple vélo dans des lieux touristiques mondialement connus.
C’est sous une pluie battante que j’atteins quelques jours plus tard la ville de Bergen où Benjamin, un palois, m’héberge gentiment et me permet de souffler un peu tout en faisant une lessive devenue urgente.
Comme tous les gens qui passent dans cette cité, j’ai le regard saisi par les façades des maisons du quartier de Bryggen. Classés au Patrimoine mondial de l’Unesco, ces bâtiments servaient d’entrepôts et logement aux commerçants. Ce vieux port était un quartier plein de vie où aujourd’hui encore nous n’avons aucun mal à imaginer l’atmosphère qui devait régner au milieu de ces multiples passages étroits.
Je file ensuite vers le non moins fameux Geirangerfjord puis roule sur la sublime route des aigles dont les virages dévoilent un magnifique point de vue sur l’un des fjords les plus beaux de Norvège. Vient ensuite la magique route des Trolls aux lacets tout aussi étourdissants. Je suis ici dans mon élément. Le climat est plus rude certes, mais les panoramas sur les fjords et les montagnes confirment qu’ici la nature est bien reine. De plus j’ai la chance d’y avoir deux jours de soleil qui me comblent totalement.
Dans la ville de Trondheim où j’aurais bien fais une pause, une réalité désagréable me rattrape. Effrayé en effet par les tarifs en vigueur, je ne passe que quelques heures dans la vieille ville où se situe la cathédrale Nidaros que de nombreux pèlerins du nord, venus sur les traces de St Olav, atteignent au terme d’une longue et difficile marche.
Je décide ici même de bifurquer vers la Suède en passant tout d’abord par Roros, ancienne ville minière. De nombreuses maisons en bois datant du 17ème et 18ème siècle sont en excellent état de conservation et ressemblent aujourd’hui à un véritable décor de cinéma. C’est au milieu de ce lieu fascinant que j’effectue une petite pause avant de franchir la frontière distante d’à peine 50 kilomètres.
Mon prochain changement de pays est certes motivé par le mauvais temps mais surtout par l’absence de contact avec les norvégiens. Les deux sont sans doute liés. Toutefois, le harnachement de mon vélo qui dans de nombreux pays m’ouvre tant de portes semble ici totalement invisible. L’indifférence est le mot qui convient. Celle-ci est probablement due au fait que je ne fais que passer, ne pouvant payer une chambre d’hôtel ou un repas dans un restaurant, mais pas seulement puisque dans les stations services je parviens à échanger quelques mots avec des caissiers pakistanais ou philippins. Un jour, alors qu’il tombait des cordes et que j’avais installé ma tente sur un petit espace de verdure à l’entrée d’un village, c’est une famille lituanienne qui m’a offert une douche chaude inespérée et réconfortante. Quelques jours auparavant un turc m’avait offert un kébab. Un employé lituanien m’offre un passage de ferry. A deux reprises je frappe à une porte pour remplir mon thermos d’eau chaude. On prend alors celui-ci très poliment, ferme la porte me laissant au-dehors sous des trombes d’eau puis me ramène l’eau chaude. Au moment de quitter ce pays, je ne sais toujours pas, vu mon moyen de locomotion, où je peux rencontrer la population.
« Ose demander aux gens, car les norvégiens sont timides » ! Ce conseil donné par Mari, une amie norvégienne rencontrée sur le chemin de Compostelle est sans doute l’explication de mon manque de contact avec la population, car justement je n’ose pas solliciter un hébergement qui me serait pourtant parfois précieux… Comment cela va-t-il être en Suède ?

















