Nouveau tour du monde
Jacques Sirat, cyclonomade

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La mauvaise chute.

Tout se déroulait au mieux. J’étais heureux d’avoir franchis cette nouvelle frontière kényane qui allait me permettre d’aller dans un premier temps à la rencontre des centres d’entrainements de coureurs de fonds légendaires. La route principale venant d’Ouganda était en bon état et je devais encore rouler quelques kilomètres sur celle-ci avant d’aller vers des pistes plus chaotiques.
Soudain dans une bonne descente, je laisse mon vélo caresser allégrement le bitume lorsque des éclats de rires d’enfants attirent mon attention tout en affichant moi-même un sourire amusé. Aussitôt je réponds à leur salut de ma main droite et m’émerveille de cette capacité qu’ont ces gamins à juste rire de tout et de rien. Les rires communicatifs réchauffent l’âme.
Mais en redirigeant mon regard vers la route j’aperçois trop tard un énorme ralentisseur. Pas le temps de ressaisir mon guidon que me voici déjà dans les airs. La suite immédiate reste floue. Un groupe de gens me « trainent » un peu à l’écart du bitume. Je passe ma main au niveau de ma tempe et m’aperçois que je suis plein de sang. La douleur à la tête est violente. Tout mon côté gauche est endolori mais j’ai le sentiment inquiétant que ma tête va exploser. Je regrette à ce moment-là de ne pas avoir de casque…et pourtant, sans le savoir, c’est probablement ce qui m’a sauvé la vie.
Des gens veulent me mener à l’hôpital local. L’état de ma tête m’inquiète au plus haut point, quasi certain d’y avoir quelques dégâts, peut-être même une hémorragie. Un homme me verse de l’eau sur le visage afin d’en laver le sang qui s’écoule. Je me sens complètement « sonné ». Je demande alors si l’hôpital est équipé d’un scanner pour vérifier si la chute a entrainé des dommages cérébraux car la douleur ne cesse de s’intensifier. Une femme me dit alors qu’il me faut pour cela aller à un peu plus d’une soixantaine de kilomètres dans la ville d’Eldoret car le petit hôpital voisin ne dispose d’aucun équipement de ce genre et en plus il me faudrait probablement attendre plusieurs heures. Je ne le sais toujours pas à ce moment-là mais ces heures m’auraient probablement été fatales. Cette dame dévouée et visiblement aussi inquiète que moi me propose de trouver un véhicule pour aller à Eldoret. Quelques minutes plus tard moyennant une poignée de dollars, on charge mon vélo à l’arrière d’un pickup et je m’assois à côté du chauffeur et d’un de ces amis.
Le trajet va durer plus de deux heures au cours desquelles je me sens m’affaiblir. J’ai mal, envie de vomir, de m’allonger, de dormir…d’oublier le cauchemar que je vis.
Dès mon arrivée à l’hôpital je passe des radios, scanner, et échographie. Le docteur kényan se présente ensuite et m’annonce que je n’ai rien à la tête mais dois subir immédiatement une ablation de la rate afin de stopper une important hémorragie interne. Parlant anglais je ne comprends pas ce qu’il veut m’enlever (la rate se disant spleen, mot que je ne connaissais pas). Mon angoisse grandit, je continue de m’affaiblir. Je lui demande alors combien cela va couter car je ne dispose d’aucune assurance. A cela il me répond que je n’ai pas le choix car s’il ne m’opère pas de suite c’est la mort assurée…nouveau choc et prise de conscience que dorénavant je ne contrôle plus rien.
Puis les choses s’enchainent, on me mène à la salle d’opération en traversant un chantier poussiéreux. La salle d’opération ne m’inspire aucune confiance et j’ai peur de contracter une infection quelconque. Au moment de sombrer dans un sommeil profond je me dis que c’est peut-être la dernière fois que je vois la lumière…tout est allé si vite…le choc est si brutal que mon moral est au plus bas.
Puis c’est le réveil. Mon premier regard fixe les poches de sang que l’on me transfuse. Mes pensées vont immédiatement sur le sida. Vais-je être contaminé par ces transfusions ? Le moral s’enfonce, s’enfonce, s’enfonce…le médecin arrive et m’annonce que le sang injecté contient peut-être le paludisme et qu’on va me traiter contre cela. Le traitement me dit-il va me provoquer quelques angoisses…en fait pendant quatre nuits j’ai peur, je suis effrayé par le moindre bruit, j’ai peur de m’endormir et pour ne plus me réveiller…je pleure, encore et encore. Le médecin me rassure quant au sida et aux hépatites m’assurant que le sang est contrôler à ce niveau là….je ne serais définitivement rassuré que dans quelques mois.
Je ne mange rien, ne contacte pas ma famille afin de ne pas les effrayer et souhaite me sentir un peu mieux pour cela. Je me sens très faible. Dans la chambre la télévision fonctionne 24h sur 24. Je ne supporte plus cela, je veux du silence qui ici est une utopie.
Un matin une infirmière me demande pourquoi le ton de ma voix est aussi faible. Cette question va provoquer un déclic. Je réalise alors que je me laisse partir, que je ne lutte plus. Dès lors je vais tenter d’avaler quelque chose, épreuve quasi impossible, mais je veux me tirer de ce guet-apens. Malheureusement ma fièvre joue au yoyo et j’ai quotidiennement des poussées à 40° qui accentuent mon inquiétude. Cela va durer 13 jours puis les traitements semblent faire effets, même si parallèlement ils m’ont vidé de toute énergie. Je ne peux marcher 20 mètres, je ne peux rester assis 10 minutes.
Je parle enfin à ma famille et les larmes occupent la ligne. Je ne parviens pas à les rassurer et m’en veux de leur faire subir une telle épreuve. Je ne pense qu’à les serrer dans mes bras, qu’à rentrer en France. Un matin une infirmière m’apporte des médicaments dont la couleur diffère de ceux de la veille. Je m’en étonne et en fait il s’agissait d’une erreur. Je suis toujours sous tension, j’ai peur. Je ne sais pas comment je vais pouvoir rentrer en France et supporter un vol étant assis pendant des heures alors qu’on m’a découpé mes abdominaux provoquant ainsi de nombreuses douleurs dès que je tente de reste dans une autre position qu’allongé.
Au bout de 16 jours je vais dans un petit hôtel voisin où une infirmière vient me voir et s’occupe de trouver quelqu’un pour mettre mon vélo en boite ainsi qu’une partie de mes bagages. J’abandonne ici même une multitude de chose afin de ne pas payer un excès de bagage trop important. Je parviens à négocier l’aide d’une personne avec fauteuil roulant lors de mes changements d’avion…cela va me sauver car j’aurais été totalement incapable de marcher et de stationner debout lors des enregistrements de bagages où contrôles divers de passeport.
Le voyage se passe mieux que je ne l’appréhendais. A Toulouse, je fonds en larmes en retrouvant une partie de ma famille, ayant l’impression qu’un cauchemar prend fin.
Certes cela est optimiste car si depuis l’Amour familial, les petits soins, les petites douceurs, de ceux que j’aime me sont une aide plus que précieuse, mon état est toujours très faible et divers problèmes postopératoires se font sentir. Mes analyses laissent apparaitre de nombreuses anomalies. Mais ma sœur de par sa douceur, son efficacité, sa disponibilité permanente malgré tout son travail, son Amour sans limite, m’est un soutien qui n’a pas de prix.
Les plusieurs centaines de témoignages d’affection, de soutien, d’encouragement que vous m’avez envoyé, en plus de me tirer de nombreuses larmes me sont également précieux et je suis certain que vous êtes loin d’imaginer la force de ceux-ci.
Pour l’instant je suis toujours incapable d’y répondre mais je vous assure que dans quelques semaines dès que mon état me le permettra je vous répondrai à tous, car chacune de vos pensées sont un soutien immense dans cette difficile épreuve.
Pour l’instant mon programme va être constitué d’analyses, et de beaucoup de repos. Je tenais à vous donner un peu plus de détails sur ce qui m’est arrivé mais à présent je me sens déjà épuisé et vais sur ce me reposer, bercé par la douceur et la gentillesse de tous vos messages…Merci, Merci beaucoup à vous tous et à bientôt j’espère pour vous répondre comme vous le méritez.

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